Le métier de traducteur en l'an zéro

La transmission de génération en génération au travers des siècles, la fiabilité toute relative du bouche-à-oreille et l’approximation due au téléphone arabe ne nous permettent pas de garantir la véracité de ce qui va suivre. Cette histoire mérite toutefois d’être racontée et entendue, car elle retrace les balbutiements du métier qui est le nôtre – la traduction – avec le recul nécessaire à l’autodérision.

 

Il était une fois…

Tout le monde ou presque connaît plus ou moins le récit de la naissance de Jésus, dans une étable de Bethléem, la Vierge, le bœuf, l’âne gris et tutti quanti.

Le périple des Rois Mages guidés par l’Etoile de Noël est lui aussi fort connu. Mais personne ne sait vraiment ce que Melchior, Gaspard et Balthazar ont pu dire aux heureux parents du petit garçon lorsqu’ils sont arrivés à dos de chameau, en cette fameuse nuit du 25 décembre 0. Ce qui est certain, c’est que la communication n’allait pas de soi car ils ne parlaient pas la même langue !

Les trois visiteurs venaient apparemment de ces 3 contrées d’Orient : Melchior aurait été roi des Perses, Balthazar roi des Arabes, et Gaspard roi en Inde. 

Marie et Joseph, établis en Galilée, sont susceptibles de parler trois langues à cette époque : le grec, l’araméen ou l’hébreu.

 

Le sauveur n’est pas toujours celui qu’on croit

Et c’est là qu’un des ancêtres des traducteurs modernes entre en jeu : pour communiquer et éviter les erreurs quant à l’étiquette (nous rappelons ici que nous avons affaire à des monarques), Marie et Joseph, charpentier de son état, ont besoin d’un interprète.

Durant l’Antiquité, les Romains étaient les spécialistes de la traduction et de l’interprétation.

Or il se trouve qu’un des bergers présents dans l’étable se trouvait être un romain reconverti en gardien de moutons, après son burnout survenu lorsqu’il travaillait au Sénat. Ni une ni deux, il interroge les Rois pour savoir d’où ils viennent et pourquoi cet enfant les intéresse tant. Les géniteurs ne comprennent rien à ce qui se passe, et il faut dire que Marie est légèrement éreintée après un accouchement dans des conditions plus que rustiques. Tout ce monde dans sa chambre n’arrange rien.

Qu’à cela ne tienne, grâce au berger, nos illustres voyageurs ont pu offrir leurs présents de luxe au nouveau-né : l’or, la myrrhe et l’encens. Ce dernier fut brûlé sans attendre pour tenter d’assainir l’atmosphère. Chacun but un coup et se félicita d’être présent à cette soirée qui promettait de rester gravée dans les mémoires.

 

Le tour du monde en un peu plus de 80 jours

Après cet épisode festif, et parce que l’Ange Gabriel ne pouvait pas être partout, notre traducteur se fit un devoir de rédiger un faire-part de naissance. Afin que le monde entier puisse apprendre la nouvelle, il l’écrivit dans toutes les langues qu’il connaissait.

« La Vierge Marie et Joseph le Charpentier ont l’immense joie de vous annoncer la naissance du petit Jésus »

Il l’envoya entre autres à son cousin, scribe à la Bibliothèque d’Alexandrie, ainsi qu’à sa sœur, employée à la plus grande centrale de traduction de tous les temps : la Tour de Babel.

La suite, vous la connaissez.